L'éducation au numérique depuis 2013, un rapport de la cour des comptes

Publié le 2019/08/09 (format ISO 8601) ~ 6 min.

La rapport a été publié le 8 juillet 2019 et démontre que l'Éducation nationale n'est pas compétente pour former les élèves au numérique. Comme 99,9% des gens auparavant, je ne l'avait pas lu, et puis comme cela concerne mon domaine, j'ai échangé mon roman favori pour ce rapport pendant deux jours. Tout le monde n'a pas le temps, alors je partage succintement ma lecture. J'ai omis volontairement les quelques points positifs du rapport pour se concentrer sur ce qui est à corriger.

Précision : Il existe une synthèse lisible de 5 pages (17 à 22) dans le rapport (le texte est centré au milieu de la page).

Disclaimer : Cet article ne représente que mon avis personnel suite à la lecture du rapport. Ce n'est de plus absolument pas exhaustif.

Le rapport et les critiques :

sur la gestion de l'argent

Il faut un délai moyen de quatre à cinq mois pour que les académies reçoivent l'argent, et jusqu'à 18 mois pour que l'établissement (plus précisément le bénéficiaire final) reçoive l'argent.

Majoritairement dépensé pour les tablettes tactiles. Ce n'est pas un investissement à long terme, mais du matériel temporaire. Qu'en est-il aujourd'hui (2019) de ces machines ? Ces tablettes représentent 178 millions d'euros dépensés.

Les dépenses dédiées au numérique sont (par élève) inégalitaires selon les régions et les départements [p.63]

sur le matériel et les fournisseurs

Lobbying de la part des fournisseurs privés [p.54]; sont cités CISCO, Microsoft, Unowhy pour les tablettes et ATOS. Le rapport souligne le danger que représente ces acteurs : ils peuvent influencer leur produits à destination des établissements scolaires afin d'obtenir de futurs clients [p.54] (coucou Microsoft et tes logiciels gratuits dans les écoles).

La plupart des jeunes sont bien équipés à titre personnel de smartphones ou tablettes; l'équipement en masse de ces outils n'est pas la priorité [p.58 C]. L'idée serais de mettre à disposition des appareils pour les élèves qui en ont le plus besoin [p.58], en laissant la maintenance à la charge de l'élève et de la famille. BYOD : Bring your own device ou AVEC : «Apportez Votre Équipement Personnel»

sur l'influence positive des mesures sur la réussite scolaire l'apprentissage

On ne connaît pas l'efficacité des mesures. Elle ne sont pas évalués.

sur la cohérence des mesures : c'est le bazar

Le CNED dispose de ressources et services numériques de qualité [p.37]. Il pourrait proposer ses services aux établissements en tant que services complémentaires (absence de professeur sur une courte période, permettre d'accéder à certaine discipline rare en option)[p.38]. Cependant ce n'est pas sa vocation actuelle, le CNED est limité au "élèves empêchés" [p.37]

Concernant l'ONISEP, le format papier (gratuit) au détriment du numérique (qui est payant WTF) alors que leur site est très visité (47.6 millions de visites/an) : WTF2 ? [p.42]

entre les organismes publiques

L'État délègue toute la mise en place des mesures aux collectivités (communes et leurs groupements pour les écoles, départements pour les collèges, régions pour les lycées). La maintenance est aussi de la responsabilité des collectivités [p.47]. Le déploiement du numérique dans le système éducatif est en conséquence très hétérogène [p.61]. Les inégalités existantes sur le territoire sont renforcées [p.60]. Néanmoins, certaines regions ou départements ont fait le nécéssaire pour corriger ces inégalités [p.62]

Finalement, les rôles des acteurs impliqués dans le numérique à l'école ne sont pas (clairement) définis [p.73-75].

avec l'utilisation de l'ENT et des logiciels privés

Déjà, les outils collaboratifs proposés par les ENT sont très rarement utilisés. Les enseignants utilisent plutôt les services de Google [p.84]. L'éducation nationale ne possède pas de services équivalent suffisant [p.84]; c.à.d. en terme d'ergonomie.

Les deux mastodontes du secteur Index-Education (derrière PRONOTE) et Access Education se partagent toutes les parts de marché. Il s'agit d'un quasi-duopole [p.85]. Index-Education effectue du racket

"Index-Education fait payer le recours à une clé de décryptage des données scolaires que la société retransmet à l’établissement." [p.85].

Si l'établissement ne paie pas pour l'année suivante, il n'aura pas accès aux données. Le rapport questionne aussi la pertinence d'un ENT monolithique [p.88] alors que les services numériques évoluent rapidemment.

concernant la formation des enseignants

Les enseignants n'ont pas de certification de compétences numériques lors de leur formation initiale [p.89]; cela doit changer. La formation continue des enseignants concernant le numérique est brouillon; les compétences attendues ne sont pas définies [p.89 B]. Elles ne sont pas forcément à jour par rapport aux attentes actuelles [p90]. Le niveau des enseignants est globalement bas [p.89 B]. À ce problème s'ajoute le manque de formation continue de manière générale [p.90].

Recommandations

D'après le rapport

Pour faire court, le rapport propose des solutions aux problèmes évoquées. Si vous voulez en savoir plus, le rapport est disponible librement ici sur le site de la cour des comptes aux pages 17 et 18.

Trollface

Des remarques

Ce n'est pas en fournissant des tablettes comme ça que les élèves deviendront des ninjas du numérique. Ce seront juste des cons-ommateurs.

Il est demandé de spécifier que les données doivent être "crypté" et non chiffré. Mais passons, pourquoi garder ces logiciels privateurs ? D'après le rapport, «Les marchés des départements pour les ENT se répartissent entre les sociétés KOSMOS, IT’s Learning, ITOP, avec de rares cas de solutions dites open source.». Pourquoi ne pas développer un ENT au niveau de l'État qui serait adapté (données personnelles, chiffrement, ergonomie, ...) et déployable pour tous les établissements ?

Les gens utilisent les services de Google. Développer des logiciels libres (licences CC-BY-SA), surtout que certains existent déjà (Lufi, voir les services de Framasoft)? Avec quelques améliorations et personnalisation, ils seraient opérationnels. Pourquoi les logiciels de gestion de la vie scolaire sont-ils privés [p.85 C] ? WTF On arrive au final à ce résultat bien décrit dans le rapport :

« Au total il existe une faille structurelle dans la maîtrise par l’Éducation nationale de données importantes, qui expose le dispositif scolaire national à des risques de gravité diverse, de la perturbation du déroulement d’une rentrée scolaire (attaques malveillantes), à des traitements croisés à des fins qui lui sont étrangères (profilage), voire à une situation de dépendance envers des GAFAM (hypothèse de rachat d’Index-éducation). » [p.86]

Alors que maintenant les alternatives existent : ils suffit de voir la liste des services proposés par Framasoft. Concernant les besoins spécifiques, développer en interne les logiciels requis permettrait en plus l'"émergence" [p.53] d'acteurs économiques français.

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